Actualité Rencontre Prospective: Des industriels partagent leur vision des transformations à l’œuvre

Rencontre Prospective: Des industriels partagent leur vision des transformations à l’œuvre

Nouvel équilibre mondial, relocalisation, chaîne de valeurs, nécessité pour les entreprises de s’adapter : trois industriels qui ont participé à la 2ème Rencontre Prospective le 9 juin dernier, partagent ici leurs réactions, questionnements et solutions.  

A l’heure où les incertitudes dominent les perspectives, les travaux de prospective peuvent accompagner les entreprises sur la voie du rebond et de la résilience. C’est dans cet objectif que CETIM, FIM AURA et UIMM LYON FRANCE, en partenariat avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes, ont organisé la 2ème Rencontre Prospective en juin dernier. Une rencontre qui a permis à 55 dirigeants de partager et de trouver des solutions. Trois d’entre eux témoignent.

Nouveaux rapports de forces, nouvelles alliances

Depuis quelques mois, l’équilibre de la planète est bousculé, les rapports de force à l‘échelle mondiale ont changé. On observe des oppositions exacerbées entre les grandes puissances mondiales qui s’engouffrent aujourd’hui dans le protectionnisme générant de nouvelles alliances à l’échelle régionale. Le « macro » impacte le « micro ». Pour Marie Fontaines, dirigeante de l’entreprise Techné, « Quand on sait que la moitié de notre production est dédiée à l’exportation, le repli nationaliste des états n’est pas sans impact sur nos activités ». La crise a accéléré à l’échelle régionale, le développement d’un nouvel écosystème basé sur la coopération de grands groupes et des petites organisations comme les makers ou les startups. Florent Monier, dirigeant de l’entreprise Thermi Lyon, cependant, relativise ce mouvement : « Certes, il est important aujourd’hui de construire de nouvelles alliances, à l’instar du Groupe SEB, mais dès que des sociétés françaises sont absorbées par des groupes internationaux, leur pouvoir discrétionnaire est réduit au minimum ce qui ne facilite pas les accords et les alliances ».

Relocalisation : de l’aspiration…à la mise en œuvre ?

La relocalisation avec la recherche de souveraineté technologique serait une clé de la relance mais elle génère conditions et aussi…contradictions. Pour Marie Fontaines : « La limite est de ne pas se refermer sur soi-même. Nous devons défendre nos valeurs d’ouverture, mener une réflexion à l’échelle européenne… avoir des équipes très pointues, faire partie des meilleurs. On ne peut pas concurrencer les pays à bas coût sans compétence et qualité produit ».

Avec des liens industriels de plus en plus complexes, la relocation ne peut être envisagée de façon uniforme pour toutes les productions. Florent Monier explique qu’« il est difficile de réunir toutes les ressources et les matériaux des productions industrielles sur le territoire. Pour des produits simples, on peut faire du circuit court, mais pas pour l’industrie où les composants sont trop complexes ». La souveraineté atteindra très vite ses limites et elles seront difficiles et longues à surpasser. Vincent Thévenet, dirigeant de l’entreprise Ascorel, s’interroge sur les composants électroniques fabriqués et importés aujourd’hui exclusivement d’Asie.

Chaines de valeur : du coup d’arrêt à l’accélération des transformations ?

Les ateliers de Techné

La Covid a mis un coup d’arrêt à l’approvisionnement dans le monde entier, générant une grande désorganisation de la production industrielle. Pour Marie Fontaines :

« Nous avions tendance à analyser la supply chain au niveau du fournisseur F-1, mais avec la pandémie, il faut désormais aller plus loin dans cette analyse. Comment peut-on remonter la chaîne le plus loin possible, pour l’analyser et la contrôler bien sûr. Et va-t-on demander à nos fournisseurs de s’engager dans la résilience ? ».

Relocalisation signifie une réorganisation complète des filières qui risque d’être complexe à mettre en œuvre. En effet, il y a une spécialisation de plus en plus forte des activités avec une reconnaissance des expertises au niveau mondial. Un phénomène qui a entrainé une réflexion sur la régionalisation de la chaine de fabrication depuis 5 à 10 ans. Marie Fontaines : « Comment avoir une approche régionale dans ce type d’organisation actuelle. La relocalisation ne pourrait avoir du sens qu’à l’échelle européenne ».

Florent Monier perçoit un autre frein à la relocalisation : « Souvent, les acheteurs des entreprises françaises internationales n’achètent pas français pour une question de choix de gouvernance. La relocalisation ne pourra se faire qu’en concertation avec eux. Sachant que les tarifs des entreprises françaises ne sont en général pas très loin de ceux des pays à bas coûts… si on intègre tous les coûts cachés ».

Les ateliers de Thermi Lyon

Enfin, la relocalisation n’est pas un phénomène nouveau… c’est un mouvement qui a été engagé par certaines entreprises.  Ainsi, Vincent Thévenet après avoir délocalisé, il y a quelques années une partie de sa production et connu quelques déboires, avait décidé de relocaliser depuis un certain temps déjà : « L’idée n’est pas de jouer le côté « écolo » ou « french fab », mais surtout de garantir la qualité de nos produits. Nous nous sentons désormais légitimes dans nos choix ».

Se transformer, s’adapter, se diversifier

En quelques mois, le virus qui a fait irruption dans notre quotidien a remis en question nos certitudes.  Il a révélé la fragilité de nos sociétés et la nécessité pour les entreprises de réagir au plus vite pour faire face au contexte actuel.  Les PME doivent s’adapter, se diversifier, apporter plus de valeur ajoutée et d’intérêt à être en amont, ne plus être uniquement en « exécution » mais aussi éviter la dépendance à un seul client ou secteur à tout prix.

Marie Fontaines travaille à la diversification de Techné depuis quelques temps déjà : « L’aéronautique est une partie de notre activité. Alors qu’il était jusque-là très porteur, il devient sinistré. Heureusement, nous avions déjà engagé une politique de diversification sur le marché de l’automobile thermique, du ferroviaire, du vélo, mais nous allons devoir conquérir d’autres marchés, comme l’agro-alimentaire par exemple ».

Pour Vincent Thévenet, cette période est l’occasion de repenser la stratégie d’entreprise d’Ascorel, nourrie de réflexions initiées ces dernières années : « Nos deux axes stratégiques étudiés sont la transition numérique et l’économie de fonctionnalité. Nous voulons être davantage tournés vers le service aux clients.

Système « Mobile Automation » d’Ascorel

Nous voulons être davantage tournés vers le service aux clients. L’idée étant d’utiliser les données numériques que nous récoltons via nos systèmes sur les machines pour optimiser l’activité de nos clients et pour répondre aux nouvelles attentes, d’un point de vue économique et environnemental ».

 

Pour aller plus loin …

La suite de l’article Rencontre Prospective sur l’organisation des ressources humaines par temps de crise.

> La brochure complète de Prospective Industries #2 de septembre 2020, « La relocalisation a-t-elle un sens économique ? »

> En savoir plus sur Prospectives Industries : découvrez leur nouveau site internet 

> Atelier Prospective le 21/10: Mutations des chaînes de valeur ou comment rester compétitif dans l’économie mondiale ?