Filiale d’un des leaders mondiaux de la lame de scie à ruban, Eberlé France fabrique chaque jour plusieurs centaines de rubans sur mesure dans son atelier de Corbas. François LAUTEL, Directeur Général depuis début 2023, a fait le choix de structurer la transmission des savoir-faire via l’AFEST pour le poste de coupe. Il revient sur une démarche née d’un double besoin : sécuriser les compétences clés et fluidifier l’organisation de l’atelier.
Pourquoi avoir lancé une démarche AFEST chez Eberlé France ?
Quand j’ai pris mes fonctions, je ne connaissais pas l’AFEST. C’est Florence, Consultante RH pour UIMM LYON CONSEIL et référente AFEST, qui m’a présenté le dispositif, initié avec ma prédécesseuse. J’en ai tout de suite perçu l’intérêt. Nos opérateurs travaillent sur des machines très spécifiques, qu’on ne retrouve pas dans les formations classiques.
Nous produisons à partir de bobines de 80 mètres, avec plus de 600 références à la clé : chaque ruban doit être coupé à la bonne longueur, avec la denture adaptée à chaque client. Jusqu’alors, la transmission se faisait de manière orale, par le chef d’atelier. Mais cela générait des écarts d’interprétation, des erreurs en production, une faible polyvalence… Et dès qu’un opérateur s’absentait, c’était toute la chaîne qui pouvait se gripper.
Nous avions besoin de formaliser nos savoir-faire pour fiabiliser les gestes métier et rendre notre organisation plus résiliente.
Comment avez-vous structuré le parcours de formation ?
Le travail s’est fait à plusieurs : Florence, notre chef d’atelier, un ancien chef d’atelier aujourd’hui commercial, et moi-même. C’est essentiel de croiser les regards pour aboutir à un référentiel clair, réaliste et partagé. Trois opérateurs ont suivi cette première session de formation.
Tout a commencé par une analyse fine du poste de coupe. Elle a permis de faire émerger les éléments clés, tant en matière d’organisation que de compétences. Sur cette base, nous avons bâti un parcours de formation structuré, avec un planning adapté à la montée en compétences des opérateurs.
Avec l’appui de Florence, nous avons conçu un guide de formation sur mesure, intégrant gestes techniques et subtilités jusque-là transmises oralement. Ce document évolue au fil des retours terrain : il est vivant.
La partie théorique s’est faite en collectif, complétée par un positionnement individuel, des entretiens et un accompagnement progressif en situation de travail.
Les temps de réflexivité sont au cœur du dispositif : ils permettent aux opérateurs de prendre du recul, d’ancrer leurs apprentissages et de partager librement leurs difficultés, surtout lorsqu’ils sont accompagnés par une personne extérieure.
Chaque étape est formalisée dans un document de suivi – durée, contenu, temps passé – ce qui nous permet d’intégrer le parcours dans notre plan de développement des compétences. Cette traçabilité rend la démarche reproductible et professionnalise également le rôle du formateur en interne, qui développe une véritable posture pédagogique.
Quels outils concrets avez-vous mis en place suite à la formation ?
Nous avons repensé les postes de travail pour sécuriser les gestes. Désormais, les consignes essentielles sont affichées face aux machines. Le guide de formation reste accessible sur place.
Mais l’un des outils les plus efficaces, ce sont les gabarits que nous avons créés ensemble. Avant, il était difficile pour les opérateurs de valider visuellement la denture à couper. Aujourd’hui, ils peuvent comparer directement avec un échantillon placé sur le poste. Simple, peu coûteux, mais redoutablement efficace pour réduire les erreurs. Ce sont ces petits changements, multipliés, qui transforment durablement les pratiques.
Quels enseignements tirez-vous de cette première expérimentation ?
L’AFEST ne se limite pas à former : c’est un véritable levier d’amélioration continue. Elle structure, renforce, et valorise les savoirs de l’entreprise.
L’implication du dirigeant est essentielle pour embarquer les équipes et mener le projet à terme. Cela demande du temps, mais le résultat est au rendez-vous : nous avons gagné en robustesse organisationnelle et en qualité d’exécution.
Forts de cette première expérience, nous allons reproduire la démarche sur le poste de soudure. L’AFEST est un outil adaptable, reproductible, et parfaitement aligné avec les réalités industrielles. Elle nous permet de répondre à nos obligations de formation, de maîtriser nos coûts, tout en misant sur l’intelligence collective et le terrain.
Pour en savoir plus, contactez Aurélien BARBY, Directeur UIMM LYON CONSEIL : a.barby@uimmlyon.com

