Actualité OSONS L’INNOVATION !

OSONS L’INNOVATION !

En ces temps de fin de crise sanitaire, le mot « innovation » est présent dans tous les discours. L’Etat exhorte les industriels à innover pour favoriser le renouveau industriel français et la souveraineté du pays, mais aussi créer de la valeur ajoutée et des emplois sur les territoires. De nombreuses aides ont été mises en place. Les grands groupes et les ETI ont su saisir ces opportunités… mais les TPE PME, même si elles ont été nombreuses à se lancer, ont plus de difficulté à s’inscrire dans ces dispositifs. Des acteurs de l’industrie qui ont fait de l’innovation leur cœur d’activité donnent quelques clés pour en faire un levier de succès.

Faire tomber les préjugés

« L’innovation est le moteur de l’entreprise. Si celle-ci ne se questionne pas en permanence, c’est sa pérennité qui est en jeu. L’innovation est un terme parfois galvaudé, il faut faire la part des choses et combattre idée du ‘ce n’est pas pour moi’…Les dirigeants doivent s’y confronter. En s’ouvrant et en mettant de côté tous les préjugés, on n’est jamais à l’abri d’une super idée qui peut amener à innover dans ses produits ou son process. Une entreprise doit toujours être en mouvement » explique Nicolas Guillen, responsable pôle Innovation d’EDAP TMS, une entreprise qui innove depuis plus de 40 ans dans les ultrasons thérapeutiques. Innover ce n’est pas seulement inventer, mais c’est rechercher en permanence des améliorations de l’existant, mettant ainsi l’innovation à la portée de toutes les entreprises. David Zak, Président de Fives CortX sait qu’il a un rôle à jouer pour favoriser l’innovation dans les TPE PME. « Fives CortX qui appartient au groupe FIVES est spécialisée dans la maintenance et la qualité prédictives à travers la connectivité machine et la valorisation des données qui en sont issues. L’Intelligence Artificielle fait partie des technologies utilisées. Notre priorité est d’acculturer nos interlocuteurs et les accompagner dans la compréhension de ces sujets. Nous partons de la problématique en nous attachant à expliquer comment elle est traitée…les nouvelles technologies dont l’IA ne sont que des outils pour faciliter les actions des opérateurs qui conservent le pouvoir de décision. On a inventé des termes compliqués pour faire croire que les nouvelles technologies étaient le domaine de spécialistes. Mais ces discours desservent les nouvelles technologies qui font peur à la plupart des dirigeants. Un imaginaire est entretenu et les discours ‘très techno’ entrainent beaucoup de confusion et sont un frein à l’innovation. Une des clés du succès, c’est d’embarquer et de construire les solutions d’innovation avec les utilisateurs finaux pour qu’ils comprennent où on veut les emmener et comment ».

S’ouvrir à son écosystème et coconstruire

Pas besoin d’être un grand groupe et d’avoir les moyens pour innover… De nombreuses solutions existent pour mettre en marche l’innovation quelle que soit sa taille. Tout d’abord, il est essentiel d’être ouvert à son écosystème. L’innovation se niche dans l’échange, la collaboration, le partage avec ses équipes et ses partenaires. Ce sont autant de cerveaux pour faire naître des idées. C’est ce qui explique le succès des structures comme La Ruche Industrielle à Lyon … un collectif et un lieu ressource. Fives CortX est partie de prenante de cette association créée par 7 industriels de tailles et secteurs différents, aux côtés d’une institution et d’une grande école. « Elle permet aux industriels du territoire de s’épauler pour trouver des réponses aux challenges actuels et développer leur performance, en menant ensemble des projets de transformation technologique, humaine ou organisationnelle et en partant systématiquement de la problématique et du terrain. C’est un écosystème local ouvert à tout type d’entreprise. Jusqu’alors il y avait essentiellement des grands groupes, désormais la ruche industrielle a la volonté d’accueillir toujours plus de fournisseurs de technologie et de PME locales. En testant leurs solutions, c’est la notion d’innovation qui est ainsi démystifiée » explique David Zak.

Pour Nicolas Guillen, la co-construction est une des clés de l’innovation « Notre mode d’innovation est basé sur une collaboration tripartite : l’industriel, le chercheur et le clinicien. Notre chercheur depuis plus de 30 ans, c’est le laboratoire LABTAU, une unité INSERM* spécialisée dans les ultrasons thérapeutiques. L’idée est d’aller chercher des technologies en amont, d’avoir accès à du savoir et des compétences que nous n’avons pas en interne et qui nécessiteraient des investissements considérables. Pour ce qui est des cliniciens, nous collaborons avec les Hospices Civils de Lyon depuis plus de 30 ans notamment sur le traitement du cancer de la prostate et plus récemment sur une application de l’endométriose profonde avec le Professeur Dubernard de l’Hôpital de la Croix Rousse.  De nouvelles applications sont en cours de développement en chirurgie digestive. La proximité avec les médecins est importante pour comprendre leurs besoins. Ils font partie de notre équipe de conception. »

Il existe de nombreuses structures qui accompagnent les TPE PME : clusters, pôles de compétitivité ou d’autres groupes d’échange comme le Cercle Innovation créé il y a 3 ans et animé par UIMM Lyon. Cet espace propice à l’ouverture et au partage, permet aux entreprises d’accéder à de bonnes pratiques, par des échanges durables entre pairs.

Utiliser tous les leviers de l’innovation sans complexe

Le LMI, Laboratoire des Multimatériaux et Interfaces du CNRS monte des partenariats avec des grands groupes industriels comme Seb, Total, Thales, mais aussi avec de toutes petites entreprises et parfois des startups. « C’est vrai, on a plus de mal à approcher les PME… d’une part parce qu’elles ne nous connaissent pas et d’autre part pour des problèmes de budget. Mais ce n’est pas un combat désespéré. L’enjeu des matériaux est plus que jamais stratégique dans l’industrie. A l’heure de la décarbonation, l’industrie cherche à alléger ses pièces… Les TPE PME ne doivent pas avoir peur de nous poser leurs problématiques liées aux matériaux. C’est très intéressant pour notre laboratoire. Et il existe des solutions pour qu’on puisse collaborer » précise Arnaud Brioude, son directeur qui poursuit : « Je leur conseille d’être en veille permanente. Les gros contrats que montent le LMI comme celui monté avec SEB, peut ouvrir sur des appels à projet intéressants. Ensuite, il y a la solution des élèves ingénieurs (CPE ou Polytechnique) en alternance, engagés pour 6 mois à 1 an que l’on peut faire travailler sur une problématique d’entreprise. Les nouvelles générations de chercheurs aiment travailler dans l’applicatif. En plus on est souvent sur des niveaux de maturité technologique élevés ». Il y a plusieurs avantages à ce système, il est peu onéreux et efficace.  Au bout de 6 mois, le problème peut être résolu sans avoir à financer un gros salaire et avec des laboratoires à disposition. « Et puis, un petit projet de faisabilité peut créer la confiance pour aller vers des projets plus ambitieux » conclue Arnaud Brioude.

A découvrir également le programme IDEE animé par UIMM Lyon qui vise à rapprocher les entreprises, notamment PME, des Ecoles d’ingénieurs, Centres Techniques et Centres de Recherche par des formats adaptés aux problématiques posées.

Et côté financement !

Nicolas Guillen explique que certains programmes de recherche bénéficient souvent de financements dans le cadre d’appels à projets. « Nous avons l’habitude de répondre à des appels à projet, avec le CEA à Paris Saclay, l’Inserm… ou encore d’autres partenaires ». Sur la problématique de la propriété industrielle qui peut être un frein, Arnaud Brioude ajoute « Le fait d’être un Laboratoire sous convention présente des garanties en termes de Propriété Industrielle, facteur important dans l’évaluation du retour sur investissement de la collaboration. ». Nicolas Guillen est lui aussi rassurant : « Les choses sont bien cadrées en amont dans les consortiums sur la propriété intellectuelle.  Il existe des mécanismes de protection. »

L’innovation est au cœur de chaque entreprise, il suffit de la stimuler et de partager pour la faire grandir. Alors, pour aller plus loin, osons l’innovation !

*Institut national de la santé et de la recherche médicale